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3.

Le Domaine,

Territoire de la famille royale

 

Situé dans l’océan Pacifique, au large des côtes équatoriennes et de ses splendeurs naturelles, le Domaine était semblable à un petit paradis privé. Recouverte d’une forêt tropicale, cette petite île regorgeait de paysages dignes des plus belles cartes postales.

           

Une récompense bien méritée pour Rayba, après deux heures de route pour atteindre l’aéroport au départ de son village et une heure en jet privé pour atteindre l’île en début d’après-midi.

 

C’était bien la première fois qu’elle voyageait en avion, et ce n’était certainement pas une expérience qu’elle souhaitait refaire de sitôt.

           

Il devait sûrement exister un autre moyen de transport, comme le bateau par exemple. N’ayant jamais mis les pieds dans un bateau, elle se sentait toutefois plus optimiste quant au confort que cela pourrait lui procurer.

 

Ce serait de loin meilleur qu’être suspendu dans les nuages, en proie aux sensations corporelles des plus déplaisantes ! 

           

Les voyageurs furent accueillis par un comité de six femmes voilées qui, à la plus grande confusion de Rayba, leur firent la révérence.   

           

― Bienvenue au Domaine, Idae Rayba ! fit la plus âgée d’entre elles, après s’être adressée aux hommes.           

― Merci, mais mon nom c’est Rayba, tout simplement, rectifia celle-ci, quelque peu embarrassée par tout ce protocole.           

― Idae veut dire princesse en langue Saram, l’informa Peix, l’air amusé. C’est le patois qu’on parle ici.           

― Princesse ? Moi ? s’étonna celle-ci, en ouvrant grand les yeux.           

― Tout à fait, au même titre que moi, qui suis prince ! dit-il fièrement. Notre grand-père est roi, le Domaine est son royaume, et ces femmes devant toi sont tes demoiselles de compagnie. Elles réaliseront le moindre de tes souhaits, alors n’hésite pas, chère cousine !

           

Incrédule, Rayba le dévisagea, cherchant un indice sur son visage qui prouvait qu’il se jouait d’elle. Mais le bleu profond de ses yeux lui confirma qu’il était on ne peut plus sérieux, et cela la troubla grandement. N’aurait-on pas pu la prévenir au préalable plutôt que de la mettre sur le fait accompli ?  

           

― Si Idae veut bien nous suivre, l’invita la première demoiselle de compagnie.

           

Jetant un regard alarmé vers Peix et Semba, qui s’était fait silencieux depuis leur arrivée sur l’île, Rayba sembla hésiter. La nouvelle de ses origines royales n’avait pas encore atteint son cerveau.  

           

― Elles vont te conduire dans ta villa, la rassura Peix d’un sourire encourageant. Je viendrai te tenir compagnie un peu plus tard, si tu n’es pas trop fatiguée.           

― Ok, fit celle-ci, visiblement rassurée, avant de disparaître avec ses demoiselles dans une limousine noire qui les conduisit, dix minutes plus tard, devant une splendide villa qui surplombait le bleu étincelant de l’océan.           

― Nous y voilà, Idae, annonça la même jeune femme, tandis qu’elles passaient le portail, sous le regard vigilant de deux agents de sécurité. C’est la villa des princesses. Aucun enfant ni petit-enfant ne vit dans le palais par mesure de sécurité. Il y a une villa pour les princes, qui se trouve à 10 minutes d’ici, et une autre pour les princesses. C’est ici que vous vivrez avec vos cousines. Elles sont au nombre de sept, et en ce moment, elles sont à l’étranger en compagnie de vos grands-parents. Ils seront tous de retour demain, juste à temps pour les funérailles.

           

Rayba fit de son mieux pour assimiler toutes ces informations, ça en faisait trop en moins d’une heure. Elle suivit les jeunes femmes dans un vaste jardin luxuriant, au centre duquel trônait une fontaine de pierre.

 

Puis elle pénétra dans un grand hall inondé de soleil et s’émerveilla en découvrant la beauté de la demeure : la taille des nombreuses pièces, la décoration raffinée et le mobilier luxueux.

           

La visite guidée s’arrêta enfin dans sa chambre, au premier étage. Aussi spacieuse qu’une suite, celle-ci était équipée d’une salle de bains et bénéficiait d’un balcon offrant un panorama à couper le souffle sur la plage.

 

Il émanait de cette pièce une atmosphère chaleureuse. Plus que ravie, Rayba prit une profonde inspiration et se sentit comme imprégnée de l’esprit de la chambre. Elle sentait qu’elle allait se plaire dans cet endroit.

           

Après l’état d’émerveillement, la jeune fille se rappela soudain que son voile la dérangeait et qu’elle devait s’en débarrasser au plus vite. Heureusement qu’elle n’avait pas eu à braver la chaleur durant le voyage. Mais à son arrivée au Domaine, elle s’était sentie aussitôt accablée par la chaleur suffocante. Et là, elle appréciait avec enthousiasme la clim dans la villa.

           

― Maintenant que je suis dans ma chambre, je peux retirer ce voile, n’est-ce pas ? demanda-t-elle prudemment, pas encore habituée à la coutume familiale.           

― Absolument, Idae, répondit immédiatement la première demoiselle.

           

Rayba ne se fit pas prier, elle libéra enfin son visage, qui semblait la remercier en dévoilant une peau de velours couleur café, des traits réguliers et des yeux sombres et mystérieux. L’assistance en resta un instant bouche bée, puis la première demoiselle poursuivit :

           

― Pouvons-nous faire de même, Idae ?           

― Euh… bien sûr, s’empressa-t-elle de répondre, quelque peu décontenancée par sa demande.

           

Puis elle se souvint qu’elle venait tout juste d’apprendre qu’elle était une princesse. Une princesse ? Incroyable ! Et ses parents n’avaient pas jugé utile de lui en faire part ? Rayba repoussa ses pensées dans un coin de sa tête. Si elle continuait dans cette lancée, elle allait finir par être envahie par ses émotions.

           

Or, ce n’était pas raisonnable pour une princesse digne de ce nom. Une princesse ! Elle sourit intérieurement, tout en détaillant ses demoiselles de compagnie qui la regardaient d’un air expectatif. Elles avaient toutes, plus ou moins, le teint plus clair que celui de Rayba.

           

― Permettez-moi de nous présenter, Idae, fit la plus âgée des filles. Je suis Asanty, la responsable du groupe. Je serai votre demoiselle particulière, assistée par Mina. Nous nous occuperons de tous vos besoins personnels et serons à vos côtés lors de vos déplacements non officiels. Nous logeons au rez-de-chaussée. Quant à Koudou, Awa, Pristina et Fleur, elles sont chargées des tâches ménagères dans la villa pour toutes les princesses. Elles ne sont pas logées ici.

           

― Ok, c’est noté. Eh bien, ravie de toutes vous connaître, fit Rayba d’un air sincère.           

― Merci, Idae. Si vous n’avez pas de questions pour les filles, elles peuvent disposer. Je resterai avec vous autant que vous le souhaiterez.           

― Pour l’heure, je n’ai aucune question.           

― Très bien, Idae. Mesdemoiselles ?

           

D’un regard entendu, les filles s’inclinèrent devant Rayba et quittèrent la pièce, laissant celle-ci seule avec Asanty.

           

― Je vais vous aider à vous débarrasser, ensuite, vous pourrez prendre un bain, si vous le désirez.           

― Je ne dirai pas non à ça, Asanty, merci.           

― Je vous en prie, Idae.

           

Pendant que Rayba se déshabillait, Asanty lui prépara un bain chaud pour l’aider à se détendre. Elle avait senti que la jeune fille était très nerveuse malgré son calme en surface. Elle eut de la peine pour la jeune princesse qui ne savait pas dans quoi elle s’aventurait. Cette dernière aurait besoin de tout le courage et de toute l’aide qu’elle pourrait trouver.

           

Rayba se prélassa dans la baignoire jusqu’à ce que l’eau soit complètement froide. Vingt minutes plus tard et revigorée, elle en ressortit vêtue d’un peignoir, et retrouva Asanty dans le dressing room devant une grande armoire pleine de vêtements de grands couturiers. 

           

― J’ai remarqué que vous n’aviez pas de valise à votre arrivée, voulut savoir Asanty.           

― C’est exact. Mon oncle a jugé bon de ne pas m’encombrer d’un sac, sachant que tout a été préparé pour moi, ici. Et c’est en effet ce que je constate. C’est fabuleux !           

― Ce sont des vêtements faits sur-mesure.           

― Ah oui ? J’espère que je pourrai trouver quelque chose à ma taille ?           

― Absolument. Vous avez à peu près la même corpulence que certaines de vos cousines.           

― Ok, voyons voir…

           

Elle observa minutieusement les tenues qui se présentaient à elle, toutes plus belles les unes que les autres. Elle avait l’embarras du choix. Rayba n’était pas une fashionista, mais elle avait quelques notions dans ce domaine, à commencer par ses propres goûts. Elle aimait la simplicité, ni plus ni moins. La princesse opta donc pour un pantalon en lin de couleur beige et un haut jaune paille.

           

― Très bon choix, Idae, fit remarquer Asanty.              

― Merci.

           

Rayba enfila ses vêtements rapidement, s’installa devant la coiffeuse et relâcha ses cheveux légèrement humides et frisés. Elle soupira. Elle détestait lorsque ses cheveux étaient dans leur phase de rébellion, et cela arrivait à chaque fois qu’ils étaient en contact avec l’eau.

Devant sa mine découragée, Asanty se posta derrière elle, munie d’une trousse de coiffure qu’elle avait récupérée dans la salle de bains.

           

― Puis-je ? lui demanda-t-elle, un sourire compatissant sur les lèvres.           

― Avec plaisir, Asanty. Si tu arrives à les discipliner sans me faire souffrir, alors ils sont à toi, fit-elle d’un ton vaguement fataliste.

           

Asanty éclata d’un rire amusé. De ses mains expertes, elle commença par démêler lentement ses boucles, puis appliqua quelques gouttes d’huile de coco sur les longueurs avant de les peigner à l’aide d’un peigne à dents larges, qui se faufila sans peine à travers ses cheveux, au grand étonnement de Rayba.

           

Celle-ci observait la jeune femme opérer des miracles sur son crâne avec une certaine dextérité. Elle lui rappela vaguement Marthe, avec sa taille moyenne et ses formes épanouies, qui se devinaient facilement sous sa robe de deuil, son visage rond, son teint cacao et ses traits fins, sans oublier sa coupe courte afro, qui lui allait à merveille et lui donnait un air autoritaire.

 

Asanty ne devait pas être plus âgée que Danza. Et contrairement à Marthe, elle semblait plus ouverte et beaucoup plus amicale.  

           

― Alors, qu’en pensez-vous, Idae ?

           

Rayba admira longuement sa coiffure et fut subjuguée par la beauté et la complexité de sa tresse en forme d’épi de blé. Tout simplement royal ! Si auparavant elle avait douté de ses origines royales, elle ne pouvait désormais plus nier l’évidence.

 

Elle était bel et bien princesse Rayba. Elle cligna rapidement des yeux pour refouler ses larmes et se tourna vers Asanty, un sourire épanoui sur le visage.

           

― Cette coiffure est absolument magnifique, Asanty ! Je l’adore, merci beaucoup !           

― C’était un réel plaisir, Idae.