Image de Cris Tagupa

4.

Les deux jeunes femmes se rendirent ensuite dans la cuisine, où Rayba put prendre un encas avant d’aller dans le jardin, qui ressemblait plus à un parc avec ses arbres et ses bosquets.

 

Tandis que l’après-midi s’étirait vers sa fin, le temps s’était légèrement rafraîchi et des senteurs marines émanaient de la côte.

           

Tout en bavardant gaiement, elles se dirigèrent à pas lents vers un banc qui encerclait un grand chêne, et s’installèrent sous l’ombre verte et fraîche de l’arbre. Rayba fut captivée par la beauté du paysage.

           

― Ce lieu est une merveille, fit-elle remarquer.

 

La jeune fille leva la tête vers l’azur et se laissa aller à la douce plénitude du moment qui la porta à un état d’agréable rêverie. Elle était princesse, et toutes ces belles choses lui appartenaient.

 

Sa nouvelle vie n’était pas si mauvaise, après tout. Elle aurait tellement aimé que Ryad puisse découvrir qu’il était prince, lui aussi, et qu’ils puissent tous les deux profiter de cet instant magique.

           

― Rayba ?

           

Au son de cette voix froide, tout son corps se crispa. Elle sentit un frisson courir le long de son dos, et un certain désarroi s’empara de son esprit.

           

― Oncle Semba ?

           

Les sourcils froncés, Rayba se leva d’un mouvement vif en le voyant venir vers elles. Asanty, qui avait aperçu Semba bien avant elle, se leva à son tour, le regard soucieux. Ethan Rodriguez ? C’était bien la première fois qu’il mettait les pieds dans cette demeure depuis trois ans qu’elle y travaillait.

           

Il se tenait immobile, toujours dans son costume de deuil, le visage sévère et les yeux étincelants dardés sur Rayba. Il semblait complètement ignorer Asanty. Cette dernière ne parut pas le moins du monde froissée. Après tout, c’était son devoir de paraître invisible pour ne pas s’attirer la foudre de la famille El Meidah.    

           

― Je vois que tu as déjà trouvé tes repères, ici, fit-il d’un ton mi-sérieux et mi-moqueur.           

― En effet, répliqua Rayba, laconique. Tu voulais me voir, mon oncle ?

           

Son ton était neutre. Malgré l’affolement de son cœur, la jeune fille avait conscience qu’Asanty l’observait. Elle ne voulait surtout pas lui laisser croire à une quelconque relation entre elle et son oncle.

           

Mais plus encore, elle refusait de laisser ses émotions se mettre en travers. Il était plus que temps qu’elle prenne son courage à deux mains et qu’elle fasse montre d’un caractère sans faille pour la princesse qu’elle devait être.  

           

― Je suis venu te chercher pour t’emmener faire le tour de l’île, dit-il sans ambages.

           

Rayba leva les sourcils d’un air suspicieux. Elle ne le croyait pas. Son oncle cherchait toujours la moindre occasion d’être seul avec elle pour ensuite la livrer à ses frasques. Elle avait assez donné. Elle ne voulait plus être sa victime. Par ailleurs, maintenant qu’elle était princesse, elle se devait d’agir de façon délibérée.

           

― C’est vraiment gentil, mon oncle, mais dans l’immédiat, j’ai d’autres engagements. Pouvons-nous remettre cela à plus tard ?

           

Les mâchoires crispées, Semba l’étudia calmement. Manifestement, il n’appréciait pas son changement d’attitude. Depuis qu’elle avait atterri sur l’île et qu’elle avait découvert qu’elle était une princesse, elle semblait se comporter comme telle : rebelle et arrogante. Il n’aimait pas ça du tout, et il fallait qu’il y remédie au plus vite avant qu’elle ne lui échappe complètement.

           

Mais d’un autre côté, Semba se sentait encore plus attiré par la nouvelle personnalité de la jeune fille. Et à l’instant même, il la trouvait encore plus belle et désirable dans son ensemble chic, qui mettait en avant sa maturité, et surtout cette coiffure digne d’une princesse.

           

En la regardant mieux, ce dernier se rendit compte qu’il avait sous-estimé sa beauté naturelle, froide mais captivante. Rayba était tout ce qu’il désirait. Un délicieux frisson le parcourut, mais il se reprit aussitôt. Il se devait de mettre un frein à ses fantasmes. Après tout, la princesse ne lui appartenait pas encore.

           

― Très bien, laissa-t-il entendre avec un calme feint. Je viendrai te chercher ce soir à 20 heures, et cette fois, je n’accepterai aucun refus.

           

Oh que non ! Et Rayba ne le savait que trop bien ! Alors, elle jouerait le jeu, à son plus grand plaisir.

           

― Asanty et moi serons prêtes, lâcha-t-elle d’un air de défi.

           

Rayba cherchait à le provoquer, le pousser à se donner en spectacle devant sa demoiselle de compagnie, qui le scrutait d’une façon qui l’agaçait au plus haut point. Semba ne céderait pas ! Si Asanty était la seule condition pour que Rayba puisse passer la soirée avec lui, dans ce cas, celle-ci pourrait l’accompagner, pourvu qu’elle sache se tenir à sa place.

           

― Soit, conclut-il. Je viendrai donc vous chercher toutes les deux à 20 heures. Sur ce, à plus tard, mesdemoiselles !

           

Sans plus tarder, Semba quitta la propriété, laissant une Rayba rassurée de le voir partir. Elle se détendit d’un coup, consciente de la frayeur qui l’avait tenaillée tout au long de cet échange.

 

La princesse avait du mal à croire qu’elle avait réussi à tenir tête à son oncle. Elle s’en félicita et remercia intérieurement Asanty. Sa présence avait largement contribué à renforcer son courage.

 

Finalement, avoir des demoiselles de compagnie était plus que salutaire dans son cas. Elle n’aurait plus jamais à se retrouver seule avec son oncle. Cette réalisation l’emplit d’optimisme. Ce fut donc avec un certain entrain qu’elle suivit Asanty à l’intérieur.