Image de Bailey Zindel

6.

― Tu remettras ça à Sanii (prince) Bart. Il attend ce message. On se retrouve au parc. C’est bon pour toi ? Tu peux le faire ? s’assura Asanty.           

― Bien sûr, fit Mina en laissant échapper un léger soupir pour se donner du courage.           

― Ok ! Bonne chance ! l’encouragea Asanty. 

           

Mina quitta la chambre qu’elle partageait avec Asanty pour rejoindre ses collègues, qui avaient fini leur service et l’attendaient pour faire la route ensemble.

 

Quelques minutes après leur départ, Asanty sortit de sa chambre et se rendit dans la cuisine, où elle se servit un verre de jus d’orange avant de retourner dans sa chambre. Elle jeta un coup d’œil à l’horloge accrochée au-dessus du grand écran en face des deux lits.

18 h 25. C’était le moment.

 

La jeune femme ouvrait la porte pour se rendre à l’étage quand elle entendit la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer aussitôt, puis des bruits de pas dans le couloir. Quelqu’un était entré.

           

Inquiète, Asanty voulut découvrir l’identité du visiteur, mais la princesse choisit précisément ce moment pour descendre l’escalier. Asanty stoppa net. Rayba ne savait pas que sa demoiselle de compagnie était toujours à l’intérieur. Censée être avec ses collègues, Asanty ne pouvait risquer de se faire prendre.

 

Elle entrouvrit doucement la porte de sa chambre pour tenter de savoir ce qui se passait. Et là, elle entendit la voix grave de Semba, immédiatement suivie d’un bruit de verre sur le parquet. Que faisait Ethan Rodriguez à la villa ? Ce n’était pas encore l’heure, pourtant.

La princesse se chargea de lui en faire la remarque. Asanty nota la panique qui teintait sa voix. Exactement comme elle l’avait sentie un peu plus tôt dans le jardin. Pour une raison quelconque, Rayba devait craindre Ethan. Pourquoi ? Qu’avait-il bien pu se passer entre eux pour qu’elle soit constamment sur des charbons ardents ?

 

Asanty se promit de lever le voile sur leur relation, tôt ou tard. Pour l’heure, elle avait une mission à accomplir et elle devait le faire très vite. Elle se concentra sur ce que la princesse et Ethan se disaient.

Pas grand-chose, en fait.

           

Juste un interminable silence qui fut brisé par un long gémissement plaintif émis par la princesse, après quoi le silence retomba dans la villa. Tout fut calme, si calme qu’Asanty s’en alarma.

Elle fut tentée de sortir de sa cachette, mais une voix intérieure l’en interdit formellement. Ethan Rodriguez ne ferait aucun mal à Rayba, lui souffla son instinct. Cette pensée la rassura. La jeune femme décida donc d’attendre que ce dernier s’en aille, afin d’aller rejoindre la princesse. Elle l’entendit monter à l’étage puis redescendre quelques minutes plus tard pour quitter la demeure.

Asanty patienta quelques secondes après son départ pour être sûre que celui-ci ne reviendrait pas sur ses pas, puis se rendit dans la chambre de la princesse. Elle la trouva allongée sur son lit, profondément endormie, enfin presque. Elle s’approcha du lit et la secoua doucement.

           

― Idae Rayba ? Réveillez-vous, s’il vous plaît.

           

La princesse remua légèrement et ouvrit lentement les yeux. Lorsque son regard se posa sur Asanty, un léger sourire se dessina sur son visage.

           

― Marthe ? Marthe ? T’es venue me voir ?

           

Dans les vapes, elle divaguait. Asanty le comprit.

           

― Non, c’est Asanty.

           

― Asanty… il faut que je parle à Marthe… Où est-elle ?

           

Confuse, Asanty se demanda qui cette Marthe pouvait bien être. La princesse avait la mine sérieuse, ce qui lui fit comprendre que cette Marthe devait être quelqu’un d’important à ses yeux. Elle réfléchit rapidement et décida de jouer le jeu.

           

― Marthe est chez elle, Idae, se risqua-t-elle, anxieuse.           

― Je dois la voir, Asanty. C’est urgent.           

― Je vais l’appeler et lui dire de venir ici demain.           

― Non, pas demain, je dois la voir maintenant !

           

Sa voix était empreinte d’un sentiment d’urgence. Rayba semblait réellement vouloir voir cette fameuse Marthe, comme si sa vie en dépendait. Qui pouvait-elle bien être ? Asanty se promit, prochainement, de le découvrir. Dans l’immédiat, elle avait une princesse à satisfaire.

           

― Nous pouvons aller chez elle, si vous voulez, poursuivit-elle dans son mensonge.

           

Qui n’en était pas vraiment un puisqu’elle avait réellement l’intention d’emmener la princesse chez une personne, peut-être pas Marthe, mais une personne tout aussi importante. 

           

― D’accord.

           

Joignant le geste à la parole, la princesse se redressa péniblement, encore étourdie par sa confrontation avec Semba, qu’elle semblait déjà avoir oublié au profit de Marthe.  

           

― Très bien, Idae, promit Asanty en l’aidant à s’asseoir. Je vais chercher votre robe.

           

La demoiselle de compagnie se dirigea dans le dressing room et se mit à fouiller parmi les nombreuses tenues pour en ressortir sa longue robe noire, fraîchement nettoyée plus tôt. Elle la lui apporta et l’aida à l’enfiler, en conservant le voile pour le départ. Rayba la laissa faire, l’esprit ailleurs.

           

― C’est bon, Idae. On peut descendre.

           

Asanty l’entraîna dans la cuisine, où elle lui offrit une boisson énergisante pour l’aider à se réveiller complètement, car elle la sentait au bord de l’épuisement. Et elle ne voulait surtout pas risquer de foirer son plan.

 

C’était maintenant ou jamais ! Elles devaient sortir de cette maison avant qu’Ethan Rodriguez ne revienne les chercher comme prévu à 20 heures.

           

Pendant que la jeune princesse se désaltérait, Asanty en profita pour aller chercher son sac à dos dans sa chambre. Elle vérifia qu’elle avait tout ce qu’il fallait : téléphone portable, photos, poupée et le plus important la fiole qui contenait ce liquide bleu, si vital aux membres de la famille royale, qu’elle avait eu du mal à se procurer.

 

Elle referma son sac et alla rejoindre la princesse qui l’attendait dans le couloir, beaucoup plus alerte et prête pour le départ. La boisson l’avait instantanément requinquée. Asanty comprenait maintenant pourquoi les princesses en avalaient à tout bout de champ. 

           

― Très bien, Idae, nous pouvons y aller. Mais avant, je dois vous prévenir qu’à cette heure de la soirée, les princesses ne sont autorisées à sortir qu’accompagnées d’un membre de la famille royale, en l’occurrence un homme. Ici, les accompagnateurs attitrés sont vos cousins, qui sont au nombre de cinq, Sanii Peix étant le plus âgé. Mais comme il n’est pas disponible en ce moment, et que les trois autres sont à l’étranger, j’ai prévenu Sanii Barthélémy, le plus jeune des cinq. Il ne devrait pas tarder, maintenant.

           

À peine eut-elle terminé sa phrase que la sonnerie de la porte d’entrée retentit.

           

― Le voilà.

           

Asanty ouvrit la porte et un jeune homme brun au teint halé, mince au corps athlétique et vêtu d’un costume noir, fit son entrée.

           

― Bonsoir, Rayba, fit-il en s’inclinant légèrement, puis se tourna vers Asanty et la salua d’un large sourire qui illumina son visage. Je suis ton cousin Barthélémy, mais tout le monde m’appelle Bart. Je suis ravi de te rencontrer enfin, princesse !            

― Bonsoir, Bart, enchantée de te rencontrer ! fit-elle sur un ton forcé qui se voulait enthousiaste.           

― J’ai cru comprendre que tu avais une course importante à faire, ce soir ?           

― Tout à fait.           

― Très bien, je me propose de t’accompagner. On aura l’occasion de faire plus ample connaissance dans la voiture.           

― Merci, Bart, c’est vraiment gentil de ta part.           

― Parfait, alors on y va, mesdemoiselles !

           

Il ouvrit la porte et s’écarta légèrement pour les laisser passer devant lui. Ils traversèrent la cour et passèrent la sécurité avant de pénétrer dans une limousine sombre.