Image de Allison Louise

7.

Le véhicule quitta la résidence et s’engagea sur un chemin de campagne bordé de vastes étendues boisées. Le soleil commençait à perdre de son éclat, annonçant la nuit à venir.

Pleine de surprises pour la jeune princesse, perdue dans l’un de ses rêves éveillés dans lequel elle était persuadée qu’elle allait retrouver Marthe.

           

Malgré l’éveil de son corps, son esprit était retourné à Aniort, son petit village, et dans sa maison auprès de son père Allan-Ross, sa mère Chantelle et son frère Ryad. Tous les quatre heureux d’être de nouveau réunis au-delà de la mort.

Elle était tellement ancrée dans son songe qu’elle entendit vaguement la conversation qui se tenait dans le confort de la limousine. Loin des oreilles indiscrètes de Sylvio le chauffeur, qui n’aurait pas cherché une seconde à les épier.

Car, en bon et loyal citoyen du Sud, il savait qu’il valait mieux laisser les sonorités blues de la radio envahir ses oreilles et agir tel un mur contre les confidences qui pouvaient s’échapper de la bouche de la famille royale. Ces paroles recelaient un pouvoir caché qui pouvait nuire à tout étranger.

           

― Je t’emmène auprès de Mère, la princesse Éliane, qui est la petite sœur de ton père, le prince Allan-Ross, l’informa Bart, tout en jetant de temps en temps un coup d’œil furtif à Asanty, comme pour s’assurer qu’il avait toute son attention.

           

Et comment ! Cette dernière l’écoutait religieusement, en s’efforçant toutefois de ne rien laisser transparaître de ses sentiments. Elle était captivée par ses yeux aussi lumineux que des pépites d’or, par sa voix douce et mélodieuse et par son parfum boisé qui enivrait ses sens.

           

Asanty fut soudain envahie par une bouffée de plaisir qui l’étourdit légèrement. Mais elle se reprit d’un coup. Elle n’allait sûrement pas faire une syncope devant lui et la princesse ! Ce serait un désastre. Elle avait hâte d’arriver à destination avant d’être submergée par son attirance pour le prince !

           

Quelques minutes plus tard, la limousine s’arrêta près d’un parc. C’était son arrêt. Retenant un soupir de soulagement, elle se tourna vers la princesse, qui avait été calme durant tout le trajet, et lui fit savoir :

           

― Je dois descendre ici, Idae. Je vous retrouverai un peu plus tard à la villa. Sanii Bart vous raccompagnera.           

― Asanty, s’exclama Rayba, légèrement désarçonnée par cette nouvelle et la retenant par le bras. Je pensais qu’on allait toutes les deux chez Marthe ?

           

Asanty nota la panique dans sa voix et fut submergée par un sentiment de honte, la rappelant son mensonge. Embarrassée, elle ne sut quoi dire, mais le prince vint à son secours.

           

― Là où nous allons, Asanty n’y est pas autorisée. C’est ici que s’achève son voyage. Tu n’as rien à craindre, Rayba, je resterai à tes côtés jusqu’à notre retour à la villa.

           

La main toujours posée sur le bras d’Asanty, Rayba réfléchit un instant avant d’accepter l’explication de son cousin. Laissant échapper un léger soupir, elle libéra le bras de sa demoiselle de compagnie et hocha la tête en signe d’assentiment.

           

― D’accord. On se rejoint à la villa, Asanty.

           

Reconnaissante, Asanty acquiesça et leva les yeux vers Bart pour lui offrir un sourire de gratitude. Récupérant son sac, elle descendit du véhicule et attendit que ce dernier s’éloigne, puis marcha d’un pas décidé vers le grand parc qui se dévoilait peu à peu devant elle.

 

À l’entrée, elle emprunta un long chemin qui serpentait à travers des bosquets de fleurs multicolores et des chênes centenaires. Elle s’arrêta sous un immense saule pleureur près d’un étang.

           

Là, elle aperçut la silhouette menue de Mina qui faisait de grands mouvements de la main pour attirer son attention. Elle n’était pas seule. À ses côtés se tenait la silhouette élancée de Koudou.

           

― C’est fait ? leur demanda-t-elle, une fois arrivée à leur hauteur.           

― Oui, répondit Koudou. Ramsé nous attend de l’autre côté du parc.            

― Dis-moi que ton frère n’est pas venu avec sa femme ? lui lança Asanty d’un ton d’avertissement.           

― Non, tu sais bien que Cécile doit rester avec ma mère.           

― Ok, allons-y alors !           

― T’as pensé à tout prendre ? s’enquit Mina.           

― Tout est dans le sac.

           

Elles rejoignirent le frère de Koudou qui les attendait dans un break de couleur grise garé dans le parking. Elles y pénétrèrent et le conducteur démarra immédiatement en direction de la zone sud.