Coven : teaser

Mis à jour : févr. 7


Prologue

Danse avec les esprits


Vendredi 29 avril 2016, 23 h 50


La nuit était noire et silencieuse quand Natalia se leva machinalement pour aller aux toilettes. Elle n’y resta que très peu de temps, et retourna rapidement dans la chambre de Lyenara.


Elle se dirigea ensuite vers le lit après avoir refermé la porte derrière elle. Puis elle s’installa sous la couette et tenta de se rendormir. Mais elle entendit Lyenara sangloter. Laissant échapper un soupir las, elle tendit le bras vers celle-ci et posa une main apaisante sur son bras.


— Chuuut… Ce n’est rien qu’un mauvais rêve, fit-elle, la voix ensommeillée.


Cette nuit, elle dormait dans la chambre de sa grande sœur. Habituée au sommeil agité de cette dernière, il lui suffisait de l’apaiser pour qu’elle se rendorme aussitôt.


Sauf que cette fois, Lyenara redoubla de pleurs et son corps fut brusquement secoué par des spasmes.


Intriguée, Natalia se redressa et alluma sa lampe de chevet. Elle se pencha ensuite sur sa sœur et l’observa attentivement : son visage était crispé par la tristesse et baigné de larmes. Natalia la secoua pour la réveiller.


— Ana ? Réveille-toi !


Toujours endormie, Lyenara se débattit violemment et la poussa hors du lit. Natalia tomba lourdement sur le sol en poussant un cri étouffé. Abasourdie, elle se releva lentement, les yeux rivés sur sa sœur qui s’agitait toujours dans son lit. Puis son corps s’arc-bouta et se mit soudain à léviter vers le plafond.


Épouvantée, Natalia hurla à pleins poumons :


— Mère ! Mère ! Venez vite, c’est Ana !


Peu de temps après, la porte de la chambre s’ouvrit brusquement et laissa apparaître sa mère et sa sœur Rebekka, affolées par les cris de la jeune fille.


— Natalia, que se passe… ? lâcha Rebekka, avant de poser le regard sur le corps de sa sœur aînée qui était plaqué contre le plafond sur le dos, ses mains et ses pieds tendus vers le bas, sa chevelure épaisse camouflait son visage.


Elle laissa échapper un cri d’effroi et fit mine de se précipiter vers celle-ci, mais sa mère l’en empêcha.


— Ne l’approche surtout pas ! dit-elle d’un ton ferme. Occupe-toi plutôt de Natalia !

Rebekka sembla hésiter un instant devant l’horreur de ce qui se passait sous ses yeux.

— Rebekka ?!!


La voix impatiente de Paulina la fit brutalement sortir de sa torpeur. Elle fixa sa mère d’un regard terrifié, comme si elle la voyait pour la première fois. Les jambes tremblantes, elle avait le plus grand mal à lutter contre le besoin d’aller réveiller Lyenara et s’assurer qu’elle allait bien.


Elle ouvrit la bouche, prête à dire tout haut ce qu’elle pensait, mais elle se ravisa brusquement. Le visage impassible de Paulina l’en dissuada. Toutefois, le regard réconfortant que sa mère posa sur elle balaya ses craintes.


Elle n’avait pas à s’inquiéter pour sa sœur car sa mère était présente. Tout irait bien ! Ragaillardie, elle respira profondément et s’approcha de Natalia qui se tenait immobile près du lit, l’air désemparé.


— Viens avec moi, Natal !


Elle l’entraîna vers la sortie, malgré une légère résistance de celle-ci, qui finit par se laisser faire docilement. La porte de la chambre se referma aussitôt derrière elles, comme poussée par un courant d’air.


Rebekka savait ce que cela signifiait. Elle précipita sa sœur dans sa chambre et ferma la porte à double tour. Elles y resteraient jusqu’au retour de leur mère.


Dans la pièce à côté, Paulina semblait pétrifiée d’effroi. Les yeux rivés sur sa fille qui était suspendue au plafond et poussait des sanglots étouffés. Elle savait exactement ce qui lui arrivait.


Lyenara était prisonnière de son cauchemar et si elle ne réussissait pas à la faire sortir de là dans l’heure qui suivait, elle risquait de la perdre !


Malgré l’horreur de la situation, elle ne pouvait céder à la panique. Il fallait qu’elle fasse travailler sa magie, et immédiatement ! Elle respira profondément et chercha à faire le vide dans son esprit.


Mais alors qu’elle se concentrait, la porte-fenêtre s’ouvrit subitement et un vent glacial et terrifiant la repoussa violemment contre la porte. Elle sentit ses os craquer. La douleur était si intense qu’elle resta figée sur le sol, incapable de bouger pendant un instant.


Une épaisse fumée noire recouvrit ensuite la chambre et fit apparaître trois femmes sur le balcon, vêtues de noir des pieds à la tête. Paulina les reconnut instantanément. Les Noctambules. Des sorcières de South Coven, son ancienne famille.


— Hello, chère sœur ! intervint celle du milieu avec un sourire méprisant au visage.


Leur seule présence réveilla en Paulina l’amertume et la colère qui lui donnèrent un regain d’énergie pour se relever et toiser celle qui semblait être à la tête du trio.


— Que fais-tu ici, Rita ? Je ne me rappelle pas t’avoir invitée.

— Et comment le pourrais-tu, maintenant que tu n’es plus des nôtres ? lui rappela son interlocutrice de sa voix faussement déçue.

— Bien vu ! Dans ce cas, retourne d’où tu viens ! s’impatienta Paulina.


Rita laissa échapper un petit rire de dérision.


— Rassure-toi, je ne suis pas ici pour parler du bon vieux temps ! C’est plutôt ta princesse qui m’intéresse.


Elle tourna son regard vers Lyenara qui n’avait pas bougé.


— Le Maître a besoin d’elle, poursuivit-elle, en scrutant son interlocutrice. Et tu sais aussi bien que moi que ses ordres ne doivent jamais être contestés. Je te prierai donc de bien vouloir me la confier !


En effet, quand le Maître posait son dévolu sur une personne, il n’y avait aucune échappatoire : il fallait se conformer, ou l’on risquait la mort.


Mais il s’agissait de sa fille, tout de même, et elle ne pouvait tout simplement pas la livrer aux mains de ce Démon, pour qu’il en fasse son suppôt ! Comme il l’avait utilisée, elle, des années plus tôt.


Elle dut taire son esprit pour ne plus revoir les images de ce passé qui avait laissé des cicatrices indélébiles. Seule la détermination de sa mère avait réussi à la sortir de l’emprise du Maître. Et elle en avait payé le prix : sa vie.


Paulina éprouva un sentiment de révolte, mais elle se retint pour ne pas laisser éclater sa rage car cela conduirait forcément à un affrontement. Or c’était ce qu’elle voulait éviter à tout prix, à cause de ses filles, à commencer par Lyenara qui serait la première victime de Rita.


Paulina n’avait aucun doute sur ses chances de battre celle-ci, mais Lyenara n’en sortirait pas indemne. Elle avait moins d’une heure pour la libérer du naufrage de son rêve, autrement elle risquait de ne plus la revoir vivante.


Et pour ce faire, elle devait se débarrasser de ces trois sorcières au plus vite.


— Bien ! Si ce sont les ordres du Maître, je te laisse le soin de la prendre toi-même ! fit-elle avec un sourire perfide aux lèvres.


Paulina l’invita à pénétrer dans la chambre d’un geste de la main et attendit sa réaction. Haussant un sourcil suspicieux, Rita préféra envoyer l’une des femmes qui l’accompagnaient.

Elle connaissait assez bien Paulina pour savoir qu’elle ne cédait jamais aussi facilement, d’autant plus qu’il s’agissait de sa fille.


Et comme pour confirmer ses doutes, à peine eut-elle posé le pied à l’intérieur qu’un grondement soudain fendit la nuit, et la foudre s’abattit avec fracas sur la pauvre femme, la projetant violemment en arrière.


Les deux autres eurent un mouvement de panique et dans un râle effroyable, les trois sorcières furent happées par un brouillard sombre.


Paulina ne perdit aucune seconde et se tourna vers Lyenara. Elle prit une profonde inspiration et se mit à prononcer des mots dans une langue qu’elle seule connaissait et dans une voix caverneuse.


Au bout d’un bref moment, son corps se mit à vibrer et un voile sombre se mit à tourbillonner autour d’elle, puis se dirigea vers sa fille et enveloppa entièrement son corps.

De violentes convulsions secouèrent brusquement la jeune femme, comme si son être tentait de résister au sort qui le domptait peu à peu.


Et après une lutte acharnée, Lyenara s’immobilisa enfin et retomba mollement sur son lit en lâchant un soupir. Elle dormait toujours, mais cette fois, un bouclier magique veillait sur son sommeil.



Chapitre 1

Le club des cinq

Samedi 30 avril, 0 h 45

À l’étage, Hei’ressmée et Kaitlyn s’étaient endormies depuis quatre heures, laissant les adultes en pleine réunion dans le salon. Darsille avait convoqué son équipe : Charles, Desmond, Nélia et Athina.


— Je vous ai réunis ici ce soir pour faire le point sur la situation d’Hei’ressmée, commença la prêtresse, assise dans le fauteuil en velours près de la cheminée, le regard posé sur la petite assistance qui l’écoutait religieusement. À quatre semaines de son anniversaire, nous n’avons pas le droit à l’erreur, sachant qu’elle a échoué à la première épreuve du Triple 6. Si jamais elle rate la deuxième épreuve, les Ténèbres prendront le dessus sur elle, et cela risque de déclencher un processus irréversible. Notre objectif principal, c’est de tout mettre en œuvre pour ne pas créer une situation de non-retour. Et pour ce faire, dès ce soir, nous allons élaborer une stratégie efficace qui nous permettra de l’accompagner au mieux durant cette transition. J’ai, par ailleurs, lancé la première étape de notre mission : le pendentif que Belamy lui a offert, au dîner, contient un sort qui va empêcher les Mystes de la tourmenter dans son sommeil. Cependant, pour éviter d’être soupçonnée de fraude par le Conseil des Anciens, le sort ne tiendra que jusqu’à deux heures du matin, après quoi, Hei’ressmée sera livrée aux mains des Ténèbres.


Belamy étant absente de la réunion, la prêtresse n’eut aucune difficulté à traduire des sentiments qu’elle n’avait pas à feindre, pour ne pas heurter la sensibilité de sa meilleure amie.


— Pendant le peu de temps qu’il nous reste avant que le sort se dissipe, poursuivit-elle, nous devrons observer le mode opératoire des Mystes dans ses rêves et découvrir comment Hei’ressmée a pu lutter contre leurs attaques. Il est évident qu’elle est protégée par un être surnaturel, mais qui ? C’est ce qu’il nous faudra dévoiler. J’ai essayé de la sonder à plusieurs reprises, mais j’ai été confronté à un mur de silence. Ce sera donc à toi, Athina, d’exposer ce mystérieux bienfaiteur.


La jeune femme acquiesça d’un air déterminé. Après avoir été contactée par Darsille, Nélia s’était téléportée chez elle et toutes les deux avaient atterri chez les Landers, dans leurs tenues de sport, comme à chaque fois qu’elles se réunissaient avec la prêtresse.


— Bien. On va rejoindre Hei’ressmée dans sa chambre et commencer aussitôt, conclu Darsille, en se levant pour quitter la pièce.

— Que fait-on de Kaitlyn ? demanda Desmond qui lui emboîta le pas, suivi par son père et les deux jeunes femmes.

— Je m’en suis déjà chargée, répondit la prêtresse, elle est profondément endormie dans ma chambre.


Belamy, qui avait préféré s’enfermer dans sa chambre, les entendit monter. Elle lisait sa bible tout en buvant une infusion à la camomille et aux millepertuis, spécialement préparée par Darsille pour l’aider à dormir. Après avoir vidé sa tasse, elle s’écroula sur son oreiller et plongea aussitôt dans un lourd sommeil.


Dans la chambre d’Hei’ressmée, Darsille installa chacun à son poste : Athina au chevet de la jeune fille, Nélia à ses côtés, Desmond assis par terre dans un coin de la pièce, et Charles sur une chaise contre la porte, pour empêcher toute intrusion indésirable.


Quant à Darsille, elle se tenait debout près de la fenêtre.


— Ok, voilà ce que j’attends de chacun de vous : pendant qu’Athina tente de se connecter mentalement à l’esprit d’Hei’ressmée, toi, Nélia, tu vas l’assister et me faire signe une fois que la connexion a été établie, afin que je puisse mettre en place les barrières de protection nécessaires pour vous couvrir durant la mission. Toi, Desmond, ton rôle sera de rassurer Hei’ressmée si elle venait à se réveiller. Enfin, Charles, tu vas contenir toutes nos ondes dans cette pièce, pour ne pas nous faire détecter. Dans quarante-cinq minutes, il sera 2 heures du matin. Je vous propose une petite séance de méditation, afin de préparer nos esprits à l’épreuve qui va suivre.



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