La poupée vaudou : mythe ou réalité ?



"Minuit sonna à l’horloge de l’Église. Au premier coup, les ombres crépusculaires s’emparèrent de l’île, la plongeant dans une atmosphère pesante et singulière, et la recouvrant d’un manteau de silence. Toute la ville dormait, du moins en apparence.

Car dans le secret de chaque maison, les insulaires, attentifs à ce signal, craignaient le sommeil pour les cauchemars qui le hantaient. Dans l’un des pavillons situés dans la partie sud de l’île, un cri s’éleva soudain dans le couloir. Plaintif et languissant. Réveillant ses habitants.


Koudou ouvrit brusquement les yeux et fixa l’obscurité, le cœur battant à tout rompre. Les hurlements redoublèrent, devenant de plus en plus hystériques. Elle se redressa, effrayée. Ce n’était pas normal. Depuis trois ans que sa mère avait perdu la raison, jamais elle n’avait émis de cris aussi terrifiants. Cette nuit était différente. Alarmée, elle se précipita hors de sa chambre et se rua dans celle de sa mère, juste en face de la sienne. Là, elle vit son frère et sa femme, penchés au-dessus du corps convulsif de sa mère, l’un la maintenant fermement par les bras et l’autre par les jambes. Le visage de sa mère était livide et couvert de transpiration, ses yeux, injectés de sang, semblaient sortir de leurs orbites. Elle faisait peur à voir. Jamais Koudou ne l’avait vue dans cet état épouvantable. Cette nuit, elle était différente.


L’esprit perturbé par les gémissements déchirants de sa mère, elle s’exécuta d’un air indolent. Elle se dirigea vers un petit meuble vitré en acajou qui contenait tout un ensemble de petites poupées de collection avec leurs prénoms inscrits sur leurs fronts. Elle s’empara d’une, avec le nom Issia L. inscrit en lettres blanches sur le front. Issia Libana. Le nom de sa mère. Elle observa la poupée avec curiosité et s’aperçut que celle-ci ressemblait étrangement à sa mère, avec sa peau café au lait, ses cheveux frisés noirs retenus par un foulard, ses grands yeux couleur miel et ses lèvres peintes en rouge vif, et fièrement vêtue d’une robe multicolore, la tenue traditionnelle de l’île.


C’était sa mère, trois ans plus tôt. Avant que son esprit ne se perde à jamais dans le brouillard de ses souvenirs. Les larmes se mirent à couler sur le visage de Koudou tandis qu’elle se dirigeait vers la cheminée, la poupée étroitement serrée contre son cœur, lourd de chagrin. Après un dernier coup d’œil à sa mère, qui se débattait frénétiquement pour se libérer, elle se tourna vers les bûches qui crépitaient dans l’âtre. Maintenant farouchement la poupée contre elle, elle laissa échapper un sanglot avant de la jeter dans les braises rougeoyantes, réveillant aussitôt le feu qui jaillit avec éclair dans un rugissement terrifiant, et engloutit complètement la poupée.


Koudou resta immobile, fascinée par les hautes flammes aux couleurs chatoyantes, qui dansaient allègrement en projetant des ombres mouvantes sur les murs. Il fallut quelques secondes seulement pour faire disparaître la poupée, puis le feu s’apaisa, suivi de près par un silence de plomb qui s’abattit dans la pièce. Sa mère avait subitement cessé de crier et de s’agiter. Elle gisait sur le lit, exténuée, l’œil vide et hagard, la respiration lente et difficile. Bientôt, elle sombrerait dans un sommeil de mort." (Extrait du roman Beauté Fatale tome 1)



Un peu d'histoire


Dans la culture populaire, une poupée vaudou est une poupée occulte censée représenter l'esprit d'une personne à qui l'on souhaite faire du mal.


Elle est fabriquée de manière artisanale avec des matières naturelles (le bois, la cire, le tissu, etc), et doit ressembler à la personne que l'on souhaite atteindre.


À quoi sert cette poupée ?


Dans les livres et les films, on utilise la poupée vaudou pour jeter un sort à une personne. Mais dans la culture vaudou, elle sert aussi bien à faire le bien (comme la guérison par exemple) que le mal, tout dépend des intentions de l'instigateur. Et pour ce faire, à l'intérieur de la poupée on doit insérer un objet personnel appartenant à la personne visée.


Mythe ou réalité ?


Un peu des deux, à mon avis. Le côté fantastique, et un peu exagéré, dépeint dans la culture populaire reste du domaine de la fiction. Vous pouvez enfoncer autant d'aiguilles que nécessaire dans la poupée, votre victime ne les ressentira probablement pas dans l'immédiat. Quant à la réalité des faits, il faut bien plus que l'esprit humain pour jeter un sort. On entre alors dans le domaine spirituel, ce qui signifie que vous devez faire intervenir des forces surnaturelles maléfiques. Par conséquent, vous ne serez plus le maître de la cérémonie. Vous aurez peut-être satisfaction, mais à quel prix ?




Au Domaine


Dans Beauté Fatale, l'île est sous l'influence de la culture africaine.

"Trente ans avant l’arrivée du premier descendant de la famille El Meidah, dont ton arrière-arrière-grand-père, cette île appartenait aux Santayalés, un peuple de nomades venu d’Afrique. C’étaient des guerriers et des chasseurs, capables d’exploiter les environnements les plus difficiles. Et l’île en faisait partie. Outre l’hostilité de la région, ils ont été confrontés aux loups, qui devinrent plus tard leurs principaux ennemis. Après plusieurs tentatives pour les éradiquer, le peuple s’est tourné vers les arts magiques, et a réussi à les apprivoiser. Jusqu’à l’arrivée de Thomason Allis El Meidah, ton arrière-arrière-grand-père. Celui-ci est tombé sous le charme de l’île, et a décrété que celle-ci devait lui appartenir. Alors, il a essayé de s’en emparer en cherchant à assouvir le peuple Santayalé, à défaut de les exterminer. Mais étant des guerriers, ces derniers ont formé une résistance extraordinaire contre son armée. Ne s’avouant pas vaincu pour autant, Thomason s’est tourné vers les loups pour obtenir sa revanche. Ils ont donc conclu un pacte. C’est ainsi qu’est née l’Alliance de sang. C’est à cause de cette alliance que la malédiction a été lancée sur ta famille. Le pacte obligeait les hommes de ta famille, Thomason le premier, à boire une mixture mélangée au sang des deux parties, d’après une pratique ancestrale. Et cela a attribué des capacités surnaturelles à ces hommes, créant ainsi des hybrides : des loups-garous."


La poupée vaudou fait partie de la culture de l'île, uniquement parmi le peuple africain, notamment les habitants du sud. Chaque habitant possède cinq poupées à la naissance, qui représentent une monnaie d'échange contre la mort. Ainsi, à chaque fois qu'une personne commet une erreur fatale, comme défier les règles communautaires par exemple, elle a la possibilité de se faire racheter en brûlant une poupée. On ne s'en sert pas pour faire du mal aux autres, mais plutôt pour survivre dans un monde surnaturel.



"Cette nuit, Asanty avait pensé à brûler sa troisième poupée sur les cinq auxquelles elle avait droit, car elle n’en était pas à son premier coup.


On aurait pu penser qu’elle aurait appris de ses erreurs, mais malheureusement, elle retombait encore dans ce cercle vicieux qui enchaînait les femmes de sa condition dans les vicissitudes de cet amour interdit avec un membre de la famille royale. Elle avait vingt et un ans, et un avenir qui ne tenait plus qu’à deux poupées. Deux dernières chances avant la mort." (Extrait du roman Beauté Fatale tome 1).