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Un bébé à tout prix

Dernière mise à jour : 6 mai 2023



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Ce deuxième récit des contes de la mer nous vient de la région de PACA, dans le département des Bouches-du- Rhône, où vit la famille Rossi.


D’origine italienne, Netta Rossi, âgée de trente ans, est mariée depuis cinq ans à Alberto, un homme d’affaires prospère de dix ans son aîné. Netta n’a pas besoin de travailler, elle vit dans le luxe. Elle a tout pour être heureuse… et pourtant ce n’est pas le cas. Il lui manque la chose la plus importante dans sa vie pour se sentir femme : un enfant.


Depuis quatre ans, Netta essaie de concrétiser son désir de maternité. Au bout d’un an de tentative naturelle, une série d’examens s’ensuit : tout va bien de leur côté. Mais alors qu’est-ce qui bloque ? Aucune explication ne leur sera donnée. On passe alors à l’insémination artificielle : trois au total, c’est l’échec. On mise tout sur la FIV, mais après plusieurs tentatives, Netta sombre dans la dépression et Alberto, frustré, décide de tout arrêter pour lui laisser le temps de souffler, ou peut-être pour se faire une raison.


S’il le faut, ce sera l’adoption. Après tout, il en a les moyens et il est prêt à tout pour rendre Netta heureuse. Il reprend ses multiples voyages d’affaires et laisse sa femme aux soins d’une équipe de psychothérapeutes. Franck est le plus jeune d’entre eux, et celui qui va aider Netta à surmonter cette épreuve difficile. Avant de la mettre sous traitement médicamenteux, on décide de tester la plongée sous-marine thérapeutique pour ses effets bien-être et antistress.


Ça tombe bien car Netta est une très bonne nageuse et vit tout près de la mer. Elle commence aussitôt avec Franck qui est aussi moniteur de plongée. Avant et après sa promenade sous-marine, Netta a une séance de sophrologie, de méditation et de relaxation. Dès le premier jour, elle ressent les bienfaits de l’eau : son corps est plus détendu et son cerveau fonctionne… au ralenti. Elle savoure le silence apaisant et le contact réconfortant de l’eau. Elle se sent choyée et en sécurité. Après un mois, elle sent renaître l’espoir : elle sera bientôt mère, le lui promet l’océan.


Au fil des jours, sa santé mentale et physique s’améliore, elle s’ouvre de nouveau à la vie. Netta est prête à concevoir son bébé. Ce miracle que lui a promis la mer. Alberto aussi est prêt, il a constaté ses progrès et malgré un emploi du temps très chargé, il s’arrange pour être là quand elle a besoin de lui. Il a enfin retrouvé son épouse et il a hâte d’être père !


Quatre mois plus tard, c’est la bonne nouvelle : Netta est enceinte. C’est la femme la plus heureuse. Elle est comblée et épanouie. Elle arrête la plongée mais continue sa thérapie avec Franck, qui est devenu un élément vital à sa guérison. Elle passe encore plus de temps avec lui quand Alberto est absent. Il a pris une place considérable dans sa vie, à tel point qu’elle ne cesse de penser à lui. Même quand elle est en compagnie d’Alberto. Ces derniers mois, leur relation s’est consolidée grâce à la mer, et Netta voit ça comme un signe : tant que Franck sera à ses côtés, elle aura toutes les chances de mettre au monde.


Et c’est là que les choses se compliquent.


Netta vit dans sa petite bulle de bonheur, la journée avec Franck et la nuit avec Alberto, dont le quotidien ressemble plus à celui d’un bureaucrate qu’à celui d’un homme d’affaires entre deux avions. C’est qu’il tient à être présent pour la naissance de leur enfant. Il va être papa, comment ne pas en être fier ? C’est bien la seule chose qui lui permette de tenir. Il espère avoir la chance de voir sa progéniture avant le coup de grâce.


Netta ne le sait pas encore, mais leur monde est sur le point de s’écrouler. Alberto préfère garder le secret pour éviter de la détruire. Surtout pas maintenant que leur unique vœu est sur le point de se réaliser. Non, il attendra après la naissance pour le lui avouer. Combien de temps lui reste-il avant l’accouchement ? Plus que trois mois. Juste assez avant sa descente aux enfers. Alberto décide de passer le plus de temps possible avec Netta. Il prend un congé pour l’emmener en voyage, mais son médecin le lui déconseille fortement. Sa grossesse est à risque : elle n’attend pas un mais trois bébés ! C’est le choc, mais la joie l’emporte sur tout.


Toutes ces années d’attente, de doute et de souffrance, auront finalement porté leurs fruits. Alberto n’a donc pas le choix que de capituler. Ils partiront après la naissance des triplés, promis. Mais il ne tiendra malheureusement pas cette promesse. Un beau matin, au septième mois de sa grossesse, Netta reçoit un coup de fil dévastateur de la secrétaire de son mari qui lui apprend que ce dernier a été retrouvé mort dans sa voiture, une balle dans le crâne. Une exécution en plein jour et devant une poignée d’employés.


Apparemment quelqu’un en voulait à Alberto. Mais qui et pourquoi ? Netta n’en saura rien, car son cerveau se referme complètement. Sa bulle de bonheur vient soudain d’éclater et la plonge dans un état léthargique qui la conduira aux urgences. Les médecins s’inquiètent pour sa santé et celui des bébés. On appelle ses parents et toutes les personnes qui peuvent l’aider à surmonter ce traumatisme.


« Sois forte, lui dit-on, pense à eux, Netta, ils ont besoin de toi. »


Mais Netta ne réagit pas, ses yeux hagards se promènent sur ses visiteurs, à la recherche de Franck. Depuis le début de sa crise, il ne s’est pas une seule fois présenté à son chevet. Est-il au courant qu’elle est à l’hôpital depuis une semaine ? Pourquoi personne ne le prévient ? Est-il… en vie ? Oh Seigneur, pas ça ! Elle n’en survivra pas ! Et ses enfants ? Qui prendra soin d’eux si elle devait quitter ce monde ? Car elle ne se voit pas vivre sans Franck. Non, elle ne le pourra pas.


Son état se dégrade et les médecins s’alarment. Il faut agir immédiatement. On décide de la plonger dans un coma artificiel afin de déclencher l’accouchement. Mais avant d’en arriver là, Franck entre en trombe dans le bloc opératoire. Tout le monde est surpris de le voir, mais cela ne dure qu’une fraction de seconde, car ses collègues s’évanouissent sur le sol. Franck s’empare du lit de la malade et s’empresse de quitter les lieux. Il a tout organisé. Une ambulance l’attend au parking et se dirige aussitôt vers l’océan, à une dizaine de minutes de l’hôpital. Pendant le trajet, Franck est au chevet de Netta, lui caressant la main en lui murmurant des mots doux pour tenter de la réveiller.


« Tiens le coup, ma douce, lui souffle-t-il, tu vas t’en sortir. »


Lorsqu’ils arrivent à destination, Franck la prend délicatement dans ses bras et plonge avec elle dans l’eau qui les accueille chaleureusement avant de les engloutir dans ses vagues. Les quelques témoins de la scène diront plus tard avoir vu un homme désespéré se faire dévorer par la mer en compagnie de sa femme. D’autres diront avoir aperçu au loin deux nageoires disparaître dans les profondeurs de l’océan.


Dans tous les cas, on ne saura jamais ce qu’il est advenu du couple Franck et Netta. Sont-ils morts ? Ont-ils survécu ? Vivent-t-ils sur une île vierge avec leurs triplés ?

Jusqu’à ce jour, leurs corps n’ont jamais été retrouvés. L’affaire a été classée : c’est un suicide collectif. Pourtant, chaque soir au clair de lune, la mère de Netta se promène au bord de la mer, un sourire sur les lèvres, comme si elle voyait sa fille et ses petits-enfants. Que cela soit réel ou imaginaire, elle seule connaît le fin mot de cette histoire.


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