Léger comme une plume, raide comme la mort

Mis à jour : mars 8

"Dix-sept heures. C’était le signal. Mon regard se posa sur celui de Masala dont le visage paraissait quelque peu tendu. Je l’invitai à poser ses mains sur les miennes, et surtout à garder en tout temps son regard dans le mien. Elle s’y accrocha, comme à une bouée de sauvetage.


– Maintenant, répète après moi :


1,2,3, libre est mon corps

3,4,5, limpide est mon esprit

5,6,7, fière et audacieuse, je suis

7,8,9, par la puissance de Mamissi

9,10, sienne, je deviens par ce sort


L’incantation devait être répétée cinq fois. À la quatrième tentative, on ressentit une légère secousse provenant du lit. Masala me lança un regard inquiet. Je lui pressai la main pour la rassurer et l’obliger à poursuivre le rituel. Au cinquième et dernier essai, la fenêtre s’ouvrit brusquement, laissant pénétrer un vent violent qui poussa une brève plainte avant d’éteindre toutes les bougies sur son passage. Ma chambre fut plongée dans une obscurité terrifiante. Masala lâcha un cri strident puis elle perdit connaissance." (Extrait du roman Femmes de pouvoir tome 1)



Léger comme la plume, raide comme la mort, mis en évidence par le film Dangereuse alliance (The Craft), et la nouvelle série Light as a feather, basée sur le livre de Zoe Aarsen, ce jeu est devenu un incontournable des soirées pyjamas chez les enfants aux Etats-Unis, leur permettant de tester leurs aptitudes surnaturelles en tentant de léviter l'un d'entre eux.


Un peu d'histoire (source ranker.com)


Ses origines remontent à 1665. Dans son journal intime, le secrétaire de la marine anglaise et membre du Parlement, Samuel Pepys, a enregistré une histoire racontée par un ami qui aurait vu plusieurs filles chanter autour d'un garçon qui serait mort par la suite. Ces filles auraient tenté la même expérience sur un cuisinier, connu pour être un homme assez gros. Et cette fois, le rituel aurait fonctionné à nouveau. Bien que les paroles utilisées de nos jours soient un peu différentes, le concept reste le même : un groupe de jeunes (les filles en particulier) qui essaient de léviter une personne, tout en racontant une histoire dans laquelle celle-ci meurt.


Voici un cadavre,

Raide comme une pierre,

Froid comme du marbre

Léger comme un esprit,

Nous t'élevons au nom de Jésus-Christ.



Le jeu requiert au minimum trois participants. Une personne, qui joue le rôle de la victime, se couche, tandis que les autres s'assoient autour d'elle, en posant leur index et leur majeur sous le corps de la victime. On choisit une personne dans le groupe qui raconte une histoire sur la mort présumée de la victime puis tout le monde se met à chanter : "Je pense qu'elle meurt, je pense qu'elle est morte, je sais qu'elle est morte". Une fois le chant terminé, les participants finissent en chantant : "Léger comme une plume, raide comme un bâton", avant de lever le corps tous ensemble. Le corps est censé devenir plus léger et se met donc à léviter.


Le jeu serait-il lié à la montée de la peste ?


Les jeux pour enfants sont souvent associés à des histoires morbides, mais dans le cas de Léger comme une plume, raide comme la mort, le résultat s'avérait être la mort. En 1665, la peste noire a ravagé l’Europe et a tué 15% de la population londonienne. Des corps étaient parfois jetés dans des rivières, comme une forme d'inhumation chrétienne, ce qui voulait dire que tout le monde, y compris les enfants, voyait régulièrement la mort. Le fait qu’il en soit tenu compte dans leurs jeux est moins surprenant si l’on considère à quel point ils étaient proches de la mort dans leur vie quotidienne.


La fascination pour la magie et la mort chez les enfants


Avec un taux élevé de la mortalité au 17ème siècle, beaucoup de jeux sinistres ont refait surface. Les enfants aimaient jouer aux jeux qui combinaient le culte et la mort, tels que le prêtre et le cadavre ; le mort-vivant ; etc. Beaucoup de ces jeux, tout comme Léger comme une plume, raide comme la mort, ont pour objet de ressusciter les morts, ce qui est effrayant, magique et palpitant à la fois pour les enfants.


La propagation du christianisme peut avoir influencé la popularité de ces jeux liés à la mort.

La résurrection était un thème récurrent dans les récits, en particulier les récits bibliques. À mesure que le christianisme se répandait dans le monde entier, les drames liturgiques devenaient un moyen de divertissement primordial. Il était interdit aux prêtres de jouer dans ces drames, ce qui signifiait que les membres de la communauté étaient plutôt chargés de jouer des rôles importants, comme la résurrection du Christ. Ce qui a probablement contribué à la popularité de ces jeux.


Réalité ou fiction ?


1- En récitant l'incantation, le corps est censé flotter dans les airs. Ceux qui ont joué à ce jeu affirment avoir vu le corps léviter, tandis que d'autres doutent de la véracité des faits. Toujours est-il que, jusqu'à nos jours, ce phénomène fait l'objet d'un grand débat.



2- Après avoir raconté la mort présumée de la victime, celle-ci est censée mourir dans les jours qui suivent. Avec la peste noire de l'époque, cela pouvait y contribuer. Mais de nos jours, il reste encore à le prouver.


Dans tous les cas, si vous faites appel à des entités démoniaques, ne vous étonnez pas d'être à leur merci !

Qui se cache derrière ces jeux ?


Comme tous les jeux occultes, tel que Ouija, certaines personnes affirment avoir expérimenté des phénomènes surnaturels pendant ou après y avoir joué. Ce qui n'est en rien surprenant, car ce jeu est une porte ouverte au monde des esprits maléfiques, qui ne demandent rien d'autre que d'habiter le corps des participants, et faire des ravages dans la vie de ces derniers. Malgré ce fait dérangeant, le jeu n'en ait pas moins populaire.

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