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Les Charmeuses de Costa Rive : premiers baisers

Dernière mise à jour : 27 janv.




Copyright © 2022 Pretorya Davis


1.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. Le jour de mes 17 ans, et aussi le jour de la Saint-Valentin. Quelle belle coïncidence ! Mon anniversaire tombe le jour de la fête des amoureux. Et justement, j’en ai un : Fénix Santiag. Enfin… il n’est pas encore le mien mais c’est mon souhait pour ce soir. Je voudrais tellement concrétiser la chose avec lui.


Il a 20 ans et, pour moi, c’est le garçon le plus beau, le plus intelligent et le plus sexy que je connaisse. Je l’ai rencontré il y a deux semaines, par l’intermédiaire de mes meilleures amies, Madison et Ciara, qui ont organisé cette soirée pour me permettre de réaliser mon vœu.


— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de sortir ce soir, Brianna, me dit ma mère, de ce ton exaspérant qui irrite mes oreilles.

— Maman, s’il te plaît, répliqué-je en lui tournant le dos pour observer mon maquillage dans le grand miroir sur pied qui fait face à la fenêtre.


Je me sens très belle avec ce maquillage nude qui me donne un teint parfait et rehausse mes yeux noisette, et mes cheveux noirs ondulent librement sur mes épaules. Je suis prête à séduire Fénix qui ne pourra pas me résister. Je souris intérieurement, excitée à l’idée de le voir ce soir, et ce n’est pas ma mère qui va m’en empêcher.


— Tu sais très bien ce qui pourrait arriver et je ne serai pas là pour…

— Je suis assez grande pour ça, maman, ne t’en fais surtout pas pour moi. Jusque-là, tu as su me protéger comme il se doit, mais il est grand temps pour moi de voler de mes propres ailes, tu comprends ?


Elle me répond avec un gros soupir de résignation. Physiquement, ma mère et moi sommes totalement différentes : d’à peu près la même taille, elle est blonde aux yeux bleu océan, un visage constamment soucieux, et une silhouette filiforme, quand moi je suis une brunette mince aux formes épanouies.


Ma mère sait que cette fois, elle a perdu la bataille. Je ne céderai plus à cette voix douce et enivrante qu’elle adopte à chaque fois qu’elle cherche à me convaincre ou à me manipuler. Et à tous les coups, ça marche. Mais pas cette fois. Il y a trop de choses en jeu en cette nuit de la Saint-Valentin.


Ma réputation et ma relation avec Fénix.


La seule chose que j’ai en tête actuellement, c’est de passer la soirée avec lui, et le reste je m’en contrefiche.


Un sourire triomphant aux lèvres, je me tourne vers ma mère et lui demande d’un air espiègle :


— Comment tu me trouves ?


Bien évidemment, elle ne répond rien et sort en levant les yeux au ciel, amèrement déçue par mon comportement. La jeune fille naïve que j’étais auparavant a laissé place à une jeune femme qui revendique sa liberté.


Que croyait-elle ? Que cette fois encore j’allais me laisser prendre au piège ? C’est ça, oui !


Je vérifie une dernière fois ma tenue : un jean délavé extra moulant, qui fait ressortir mes formes bien galbées, surtout mon derrière ; un débardeur blanc qui dévoile mes seins menus ; et une paire de mini boots noirs, qui me font gagner cinq centimètres en plus. Et pour aller avec cette tenue, un blazer en tweed rouge, parce que c’est la Saint-Valentin, sans oublier une touche de mon parfum préféré « Syren ».


Fin prête pour attirer Fénix dans les filets de ma passion !


Justement, j’entends le klaxon du Pick-up en bas qui me presse. J’ai juste le temps de m’emparer de mon portable posé sur mon lit, que je glisse dans la poche de ma veste, pour ensuite me précipiter dans le couloir avant d’atteindre l’escalier que je dévale en vitesse.

Je suis incapable de décrire l’état extatique dans lequel je me trouve en ce moment. C’est bien la première fois que je fête mon anniversaire le jour de la Saint-Valentin avec mes amis !


— J’y vais, maman, hurlé-je, presque hystérique, à une mère qui ne se donne même pas la peine de répliquer.


Elle doit certainement bouder dans sa chambre. Tant pis pour elle ! Après tout, nous avons déjà fêté mon anniversaire ensemble, plus tôt dans la journée.


Désormais, la soirée m’appartient !



2.



Je rejoins les filles dans le Pick-up rouge de Madison Cox, que son père lui a offert à son dix-septième anniversaire, le mois dernier. Même si elle n’a pas encore son permis, elle conduit déjà comme une pro, exactement comme son père qui est son moniteur.


— Qu’est-ce que tu foutais, Bri ? demande celle-ci, une blonde avec une coupe au carré qui encadre un visage en forme de cœur et des yeux gris beaucoup trop grands pour son visage.

— C’est bon, je suis là, maintenant ! On s’arrache avant que ma mère ne vienne briser ton carrosse, lancé-je en m’éclatant de rire.


À son tour, Ciara Botelli pouffe de rire, et toutes les deux, on a du mal à se contenir. C’est finalement le démarrage de Madison dans un crissement de pneus qui nous oblige à reprendre notre sérieux. Madison n’aime pas être la risée du groupe. C’est elle qui mène la barque dans notre petit clan.


Ciara, une brune aux cheveux d’une opulence bien trop lourde pour ses épaules fines et son corps bien trop mince, toujours drapé dans des vêtement en cuir, et des yeux d’un noir d’encre qu’elle adore souligner avec un khôl, pour signifier sa marginalité, augmente le volume de la radio qui joue un tube de Guns N’ Roses, et se met à chanter à tue-tête.


J’adore mes copines, mais très souvent je me demande ce que nous avons en commun. On se connaît depuis le collège, et contrairement à moi, elles viennent toutes les deux d’une famille classique et fonctionnelle, avec un père dont le rôle est de subvenir aux besoins des siens tout en contribuant publiquement à la société, et une mère au foyer qui déborde d’amour et d’énergie, toujours prête à offrir le meilleur à ses enfants.


Des vêtements et chaussures de marques : check ; les portables derniers cris : check ; les voitures de luxe à blesser l’égo des mecs de la ville : check ; de nouveaux copains chaque semaine, que les parents invitent même à déjeuner ??? : ça aussi check.


Et la liste est longue : elles sont belles à damner des saintes-nitouches comme moi, elles sont intelligentes, ayant les meilleures notes de tout l’établissement sans avoir besoin de bosser aussi dur que moi ! Elles ont une attitude exécrable mais arrivent toujours à obtenir des autres ce qu’elles désirent.


Les influenceuses du lycée, en quelque sorte.


J’ai tout de suite été attirée par leur personnalité de filles mondaines, tout en elles inspire la liberté, le goût du danger et surtout la certitude que le monde leur appartient. Tout le contraire de ce que j’ai connu depuis ma naissance. N’ayant grandi qu’avec ma mère, je n’ai jamais connu mon père. Ma mère n’a jamais jugé nécessaire de m’en parler : un sujet trop douloureux pour son état mental. Et je le conçois tout à fait. Mais lorsqu’elle me fait le même coup pour sa propre famille que je n’aie jamais connue, là, on a un sérieux problème !


Et je n’ai aucun moyen de forcer ses confidences.


Je ne connais pas grand-chose de ma mère, si ce n’est qu’elle s’appelle Marina Lynne, mais son passé ou sa famille, rien, nada ! Même pas une photo, ni un souvenir, absolument rien. Je suis sa seule famille, d’après ce qu’elle m’a toujours fait comprendre, raison pour laquelle elle me surprotège.


Si ça ne tenait qu’à elle, je ne devrais pas avoir d’amies, et certainement pas Madison et Ciara, et je devrais rester vierge jusqu’à la fin de ma vie, car l’amour, selon elle, est un sentiment d’abandon de soi et constitue une trahison pour son âme.


Le passé de ma mère c’est « j’ai tout perdu pour être tombée amoureuse du mauvais garçon ». Le parfait cliché, quoi !


— Destination finale, les filles, nous annonce Madison qui gare sa voiture dans le parking de la plage. J’espère que les gars sont déjà là.


Elle sort du véhicule, retire ses sandales qu’elle balance dans son coffre, et nous enjoint de l’imiter.


— Bon anniversaire, Bri ! lancent mes copines en chœur avant de m’enlacer chaleureusement. Ce soir, tu vas réellement faire partie de notre Coven.

— Oh merci beaucoup, les filles, j’ai hâte, répondé-je sans vraiment comprendre la signification de leur dernière phrase.


Ne suis-je pas déjà un membre de leur groupe ? Et ce « Coven », en quoi consiste-t-il réellement ? Un culte, une secte ? C’est trop de réflexion pour mon cerveau, tout ça.


Pour l’heure, tout ce qui m’importe, c’est de retrouver Fénix et de passer la soirée rien qu’avec lui. J’anticipe déjà tout ce qu’il va bien pouvoir me faire. Je rougis en songeant aux images torrides qui me traversent l’esprit à ce moment-là.



3.



Toutes les trois nous dirigeons vers la plage. J’enfonce avec délices mes pieds nus dans le sable fin et frais, et hume l’air iodé, emplissant mes poumons de parfums délicats qui m’apaisent énormément.


Il est 22 heures et le ciel est couvert d’encre voilé. Des étoiles éparses scintillent doucement, éclairant notre chemin jusqu’à notre destination. Les garçons sont là, au nombre de trois, assis en cercle autour d’un feu. L’atmosphère est bruyante et détendue : ça papote, ça plaisante, et ça rigole. Et quand ces messieurs remarquent enfin notre présence, ils se tournent vers nous, visiblement éméchés.


— Pas trop tôt, les filles, déclare un brun aux yeux marron que je vois pour la première fois. On a commencé la fête sans vous…


Il lève son bras droit pour nous montrer une bouteille de vodka à moitié vide qu’il tient dans sa main. Un deuxième l’imite, sauf Fénix, et cela me rassure.


Madison est la première à s’approcher pour aller s’installer auprès du brun aux cheveux ondulés jusqu’aux épaules.


— J’arrive pas à croire que t’aies commencé sans moi, mon cœur, lui dit-elle en adoptant une moue faussement boudeuse. Je pensais que c’était notre soirée, Spencer.

— C’est notre soirée, bébé, j’ai juste bu une gorgée, promis, réplique celui-ci en l’embrassant à pleine bouche, sans aucune gêne pour nous autres.

— Les gars, voici Brianna, me présente Madison, après avoir mis fin à leur baiser. C’est son anniversaire.

— Bon anniversaire, Brianna ! chantent-ils à l’unisson.

— Merci, c’est gentil, répondé-je d’une voix timide et à peine audible.

— On a prévu une surprise pour Brianna, et vous allez nous aider à la réaliser, les gars, n’est-ce pas ?

— Absolument ! Tu seras la fille la plus choyée cette nuit, Brianna ! lance Spencer, en ricanant bêtement.


À ces paroles suggestives, je me sens rougir violemment, et mon regard se pose spontanément sur Fénix qui m’observe avec intensité, comme s’il pouvait lire dans mes pensées les plus secrètes. Et si c’est le cas, alors il sait exactement ce que je veux dans l’immédiat : me retrouver seule avec lui. Un frisson de désir me parcourt, que je refoule aussitôt.


Qu’est-ce qui me prend tout à coup ? Ai-je perdu la raison ?


— Je t’ai gardé une place bien au chaud près de moi, Ciara, tu viens ?


Sauvée par le gong !


Cette fois, c’est un rouquin qui prend la parole. Et je le connais assez bien, c’est Matt Harlow, le nouveau petit ami de Ciara, depuis trois jours. Il paraît aussi saoul que Spencer, mais cela ne semble pas déranger Ciara le moins du monde. Elle s’assoit à côté de lui et l’enlace très brièvement, faisant de son mieux pour cacher son dégoût.


Quant à moi, je reste plantée là, comme un poteau, ne sachant pas réellement quoi faire. On dirait que mes meilleures amies m’ont complètement abandonnée, et Fénix… je n’ose même pas le regarder, car il sait exactement ce que je veux, mais j’attends qu’il fasse le premier pas. Après tout, c’est mon anniversaire, non ?


Et comme s’il a entendu ma requête silencieuse, il se lève d’un geste souple et retire le sable de ses vêtements, avant d’annoncer :


— Brianna et moi allons faire un tour, les gars, soyez sages avec ces demoiselles, compris ?


Heureusement qu’il n’attend pas forcément une réponse de leur part. Les deux couples sont bien trop occupés à copuler pour nous prêter la moindre attention. Fénix s’approche de moi, grand et mince, de sa démarche de félin et un sourire charmeur aux lèvres. Et c’est la panique de mon côté. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, je sens mon sang se réchauffer et circuler plus vite dans mes veines.


On dirait que je vais m’évanouir.


En effet, je sens mes jambes trembler, sur le point de céder, mais je tiens le coup. Je n’ai pas l’intention de tomber dans les pommes devant lui, comme une petite vierge effarouchée. Ce que je suis, en réalité. Mais il n’a pas besoin de le savoir, surtout pas ce soir.


— Eh Brianna, ça me fait vachement plaisir de te voir, ce soir, me fait-il savoir d’un air sincère. Bon anniversaire à toi, ma belle !


Il me prend dans ses bras avec une tendresse si infinie que je reste figée sur place, ne sachant comment réagir. Qu’est-ce que cette étreinte veut dire ? Est-ce un geste purement amical ? Ou la promesse d’une relation intime ? Mon Dieu, toutes ces questions me donnent le tournis.


J’aimerais tellement savoir ce qu’il se passe dans sa tête. Pense-t-il à moi en ce moment ? Que voudrait-il que je fasse ? Que je lui fasse une déclaration d’amour ? Que je le lui montre plutôt ? Ne se rend-il pas compte que le simple contact de son corps contre le mien me met dans une tension délicieuse et insupportable à la fois ? Comment lui dire qu’actuellement je sens des papillons naître au creux de mon ventre, que ma peau frémit de désir d’une violence inouïe, et que mon cœur risque d’exploser ?


Je l’aime, et je veux que ce soit réciproque !


J’ai bien envie de pleurer mais je me retiens, car je ne veux pas paraître désespérée à ses yeux. Des mecs comme lui, j’en rencontrerai d’autres dans ma vie, n’est-ce pas ? Peut-être pas aussi beaux, sexys et charmants que lui, mais il y en aura d’autres. Malgré moi, mes larmes coulent sur mes joues, je me détache de lui pour ne pas mouiller sa veste.


Je m’écarte d’un pas et baisse les yeux pour dissimuler mes larmes, que j’essaie maladroitement d’essuyer.


— Brianna ?


Je ne réponds pas. Je ne peux pas actuellement. Ma gorge est bien trop nouée qu’aucun son correct ne pourra en sortir. Fénix ne veut pas comprendre. Il prend mon visage entre ses mains chaudes et m’oblige à le regarder.


— Qu’est-ce que tu n’as pas compris, Brianna ?

— Tu ne veux pas être avec moi, c’est ça ? dis-je en pleurnichant finalement, alors que je m’étais promise de ne pas le faire devant lui. T’as déjà une copine, c’est ça ?


Il éclate de rire, comme si ce que je viens de dire est la chose la plus absurde qu’il ait entendue ce soir. Il essuie mes larmes avec une tendresse renouvelée qui menace de faire rejaillir mes larmes.


Qu’est-ce que je peux être fleur bleue !


— Je crois qu’il y a un malentendu entre nous, me rassure-t-il, les yeux pétillants.


De désir ou de malice ?


— Je suis très attiré par toi, Brianna, et si tes sentiments sont les mêmes à mon égard, on pourrait peut-être se donner une chance, toi et moi ? Qu’est-ce que t’en penses ?


Sous le choc, je ne sais pas quoi dire. Peut-être que j’ai mal entendu ? Je devrais peut-être lui demander de répéter tout ça pour moi ?


Fénix me regarde, le regard soucieux, attendant ma réponse, qui tarde à venir.


Au diable tout ce protocole !


D’humeur très aventureuse, j’entoure soudainement mes bras autour de son cou et m’empare de ses lèvres avec une voracité inattendue, pour une fille qui embrasse un garçon pour la première fois de sa vie. Je m’attends à ce qu’il proteste et me repousse pour cette audace, mais il semble approuver. Il répond d’ailleurs au baiser avec fièvre, enlaçant sa langue à la mienne.


Et là, c’est la panique totale ! Je réalise soudain que je ne suis qu’une débutante en affaire d’intimité. Je n’ai malheureusement pas pensé à lire le mode d’emploi sur le net. Je suis mal barrée. Qu’est-ce que je suis supposée faire là, maintenant ? Fénix, aide-moi !


Ce dernier a saisi ma terreur bien avant moi, et c’est à regret qu’il met fin au baiser.


Cette fois, je lui en suis reconnaissante. Toute pantelante et mon corps hyper fébrile, je sens la honte me gagner. Qu’est-ce qui m’a pris de me comporter ainsi ? Que va-t-il penser de moi, maintenant ? Et bien évidemment, Fénix a encore lu dans mes pensées, car il sourit avec amusement et me prend dans ses bras pour me rassurer.


Soulagée, je me blottis tendrement contre lui, heureuse d’avoir un Valentin aussi prévenant et compréhensif. Ma tête posée sur son épaule et mes yeux fermés, je m’imprègne de sa chaleur et de son parfum qui se mêle à l’odeur sablée de la brise de mer.


Mon cœur bat au même rythme régulier que le sien. Je me sens si bien dans ses bras que plus rien n’existe autour de nous. Tout semble avoir disparu. C’est juste nous deux. Rien que lui et moi. Ma place est là, auprès de lui. Je suis heureuse.


Si seulement ce moment pouvait durer !


Copyright © 2022 Pretorya Davis


Pour l'heure, l'amour est au rendez-vous 😉



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